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Témoignage: “Je suis la psy des chiens”

À 35 ans, Élise a changé de vie. Éducatrice de formation, elle est revenue à ses premières amours: les chiens. Mais plutôt que de devenir toiletteuse ou éleveuse, elle a choisi de les écouter. Son nouveau métier: comportementaliste canin.

“J’ai la chance de vivre de ma passion, nous dit la jeune femme. À l’origine, je suis éducatrice spécialisée dans le comportement des personnes. J’ai brièvement exercé ce métier en m’occupant d’enfants en détresse familiale. Mais très vite, j’ai eu envie de relever d’autres défis.” Pendant 15 ans, Élise enchaîne différents jobs en tant que commerciale. “Mon bureau, c’était ma voiture!” Pour autant, malgré un emploi du temps chargé, la jeune femme continue d’entretenir un rapport très fort avec les animaux.

En 2018, Élise a un déclic. “Je me suis demandé si mon travail me rendait vraiment heureuse ou si, malgré les difficultés que ça pourrait engendrer, j’avais envie de vivre de ma passion. Je me sentais à l’étroit dans ce rythme métro/boulot/dodo où, faute de temps, les animaux n’avaient plus leur place. À l’époque, je prenais des cours de formation canine. Au départ, je l’ai fait pour moi, pour mieux comprendre mon chien, mais dès les premières séances, j’ai eu une impression un peu étrange. Pendant les cours, j’avais souvent une boule au ventre. Je passais constamment du rire aux larmes, certaine que j’avais trouvé ma voie. Mais de là à tout chambouler… Si je quittais mon job, je devais renoncer à une vie plutôt confortable avec un beau salaire, un GSM, une voiture de société, etc.”.

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Psy pour 2

Hormis un penchant pour les cosmétiques ‘de luxe’, Élise a toujours adoré chausser ses bottes en caoutchouc et se balader dans les bois avec ses chiens. Dans ces moments-là, elle se sent sereine et entière: “C’est mon compagnon – convaincu de mon talent pour ce métier – qui m’a incitée à me lancer. Mon nouveau métier consiste à aiguiller les maîtres qui ont besoin de mieux comprendre leur chien. Parfois, ils me contactent avant d’en adopter un pour que je les aide à trouver une race qui cadre parfaitement avec leur mode de vie. D’autres fois, ils m’appellent à l’aide parce qu’ils n’arrivent plus à gérer leur animal. Dans les deux cas, mon sens de l’écoute et des relations humaines, l’un des fondamentaux de mon premier métier, m’aide à comprendre l’animal, mais surtout le ou les maîtres qui font appel à moi”.

Mais le métier de psy pour chiens n’implique pas pour autant de devenir le psy du maître, bien au contraire. “Je me cantonne à leur poser des questions et à leur donner des conseils relatifs à la relation avec l’animal. N’empêche, quand vous vous retrouvez face à une femme qui pleure parce que son mari veut absolument se séparer de leur chien, vous entrez forcément dans leur intimité”.

Psychologie en action

Les raisons qui poussent un maître à contacter la comportementaliste canin sont très diverses. Il peut s’agir d’un chien qui se sent abandonné lorsque la situation familiale de ses maîtres change, ou un animal dont l’agressivité est liée à une peur ou un inconfort, par exemple. “Une fois, un client m’a contactée pour que je l’aide à gérer un chiot qui ne supportait pas de voir passer des vélos ou des joggeurs. Il avait besoin de quelques conseils de base pour amorcer le vrai travail de fond. Nous sommes passés à l’extérieur pour une séance en action. J’avais demandé à Paul, un ami, de venir avec son vélo pour placer le chiot en situation réelle. Je lui demande de démarrer du bout du chemin et de passer à côté de nous en restant le plus possible à gauche du sentier. Je me concentre sur le chiot et le client, et plus du tout sur Paul et son vélo. Sauf que mon ami perd le contrôle de sa bécane et… dégringole la pente !

Heureusement, il n’a eu que quelques égratignures au bras, mais je n’ai pas pu m’empêcher de me demander si le chiot n’avait pas cru, ne serait-ce qu’un instant, qu’il avait de super pouvoirs lui permettant de faire disparaître les vélos (rires)”.

Entre rires et larmes

“Lorsque je me suis retrouvée seule suite à une séparation, j’ai, comme beaucoup de célibataires, adopté un chien. Quand on travaille à temps plein et qu’on sort pas mal (ce qui arrive généralement après une rupture), l’équilibre qu’on avait trouvé avec son animal est forcément perturbé. Il faut pouvoir réinventer la relation. Sinon, le chien est perdu et risque de développer un caractère agressif. Être passée par-là me permet de comprendre les questionnements et les angoisses de mes clients. Mon rôle consiste à les aiguiller, sans jamais les juger, ni leur donner de leçon”.

Pour toucher un maximum de gens et leur permettre de comprendre ce métier, la jeune femme propose alors aux échevins de certains villages du Condroz, où elle habite, d’animer des conférences.

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Des médicaments pour chiens

Le métier de comportementaliste canin n’est pas protégé, “d’où l’importance d’expliquer comment je travaille, poursuit Élise. Il arrive évidemment que mon job ne soit pas compris. Dernièrement, une dame m’a appelée. Le chien de son frère présentait un comportement très agressif. Mais le maître ne m’a jamais contactée. Il a considéré que son chien n’avait pas besoin d’un psy!

En général, je n’ai aucun mal à comprendre les animaux, mais si je me trouve face à une situation qui m’échappe, je me tourne vers une vétérinaire avec laquelle je collabore régulièrement.” De la même manière qu’une personne qui traverse une crise ou une dépression peut bénéficier d’un soutien médicamenteux en marge de sa thérapie, il arrive qu’on prescrive un léger antidépresseur à un chien. “Mais dans tous les cas, le maître reste au centre de mon travail. C’est lui qui doit réajuster les choses pour donner à son chien la place qui lui revient”.

Apaisement total

“Quand j’ai annoncé à mon entourage que j’allais changer de vie, je me suis heurtée à certaines incompréhensions. Les gens avaient du mal à croire que ce job allait me permettre de gagner ma vie. Je leur répondais: ‘Pas moins qu’une personne qui lâche tout pour ouvrir une sandwicherie’.

Quand je suis avec mes clients et leurs chiens, je me sens sereine, apaisée… Dans la pratique, ce métier a révélé des aspects de ma personnalité. Lorsque j’étais commerciale, les liens que je tissais avec mes clients étaient sympas, mais pas aussi riches et intenses que ceux que je développe avec les maîtres que je rencontre. La manière dont un client m’expose son problème, le ton de sa voix suffisent déjà à m’éclairer sur la manière dont il se comporte avec son chien. Personne n’adopte un chien juste parce qu’il est beau. Dans tous les cas ou presque, il arrive pour combler un manque. De manière inconsciente ou pas, l’animal fait figure de thérapie. Mon rôle consiste donc, lorsque la vie de ces gens a changé au point de rendre le rapport avec leur chien inconfortable ou impossible, à trouver des solutions concrètes.

Parfois, mon rôle est aussi d’expliquer à des maîtres que la race de leur chien ne leur convient plus et que, dans ces conditions, pour le bien de l’animal et du leur, il est préférable qu’il ne le garde pas. Dans ces moments-là, il est essentiel de faire preuve d’empathie et de ne surtout pas juger. En 2 ans, j’ai l’impression d’avoir beaucoup mûri. Les décisions que j’ai prises m’ont obligée à me dépasser, à oser. Moi qui suis du genre hyperactif, je me sens plus calme, plus en phase avec moi-même. Dans ce métier, pour que les gens osent se livrer, on ne peut pas tricher”.

Texte: Marie Honnay

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