
Virgilia découvre son cancer du sein pendant sa grossesse: “Ma fille m’a sauvée”
Enceinte de son premier enfant, Virgilia est folle de joie… Jusqu’au jour où on lui diagnostique un cancer du sein. Alors qu’elle porte la vie, elle flirte avec la mort.
Enceinte de 6 mois, Virgilia apprend qu’elle souffre d’un cancer agressif. Elle raconte, avec force et sincérité, comment elle a vécu cette épreuve hors du commun durant sa grossesse.
Le choc du diagnostic
“C’était l’avant-veille de Noël. En 2022. J’arrivais à mon sixième mois de grossesse et tout se passait à merveille. J’avais un rendez-vous de routine chez ma gynéco. J’étais impatiente de revoir mon bébé, d’entendre son petit cœur. J’étais ravie que ce soit une fille. Nous avions déjà choisi son prénom: Léna-Rose. C’était mon premier bébé et j’étais sur un petit nuage… Au cours de l’examen, la gynéco me palpe les seins. Elle sent une boule. ‘Ce n’est sans doute pas bien grave, me dit-elle. Durant la grossesse, il est fréquent d’observer de petits kystes dans la poitrine. Je vous conseille quand même d’aller faire une échographie mammaire’.
Début janvier, me voilà donc chez la radiologue. À peine l’examen terminé, elle prend son téléphone: ‘Je voudrais une biopsie en urgence pour une femme enceinte’. Je demande: ‘C’est quoi, une biopsie?’… ‘C’est un examen qui consiste à prélever un peu de tissu dans une tumeur pour l’analyser’. ‘Une tumeur? J’ai une tumeur?’. ‘Ne vous inquiétez pas, Madame, cela peut être bénin’. Rendez-vous une quinzaine de jours plus tard pour les résultats. La radiologue me regarde avec compassion: ‘C’est bien ce que l’on craignait… Un cancer'”.
Un cancer? C’est une erreur! Je ne peux pas avoir un cancer alors que j’attends un bébé! Les mots se télescopent dans ma tête. Je vais donner la vie et on m’annonce la mort! Je vais avoir un bébé et il va perdre sa maman… Pourquoi moi? J’ai 32 ans et aucun antécédent. Est-ce à cause de mon job à horaires décalés? Est-ce lié au choc émotionnel du décès de mon papy? Il est mort pendant le Covid et on n’a pas pu lui dire au revoir. Est-ce à cause de la pilule, que je prends depuis des années? Au premier rendez-vous, l’oncologue me rassure: ‘Vous n’y êtes pour rien. C’est la faute à pas de chance. C’est rare, mais ça arrive’. Il m’explique que mon cancer est très agressif. Il faut commencer la chimiothérapie sans tarder. ‘Dites, Docteur, vous savez que je suis enceinte? Ça ne peut pas attendre l’accouchement’. La réponse est non…
J’avais à peine choisi le berceau de mon bébé que j’allais peut-être devoir choisir mon cercueil…
D’ici 3 mois, je risque de développer des métastases. Ma vie est en danger. En quelque sorte, j’ai de la chance: si l’on avait découvert ce cancer quelques mois plus tard, il aurait peut-être été trop tard. J’ai eu la chance d’être enceinte. J’ai aussi eu la chance que ma gynéco m’ait palpé les seins, car la plupart ne le font pas chez une femme enceinte. Ma fille n’est pas encore née qu’elle m’a déjà sauvé la vie!”
La grossesse passe au second plan
Virgilia a droit à la formule all inclusive, comme elle dit: “Chimio, opération, radiothérapie, chimio complémentaire si nécessaire, puis hormonothérapie pendant 5 ans minimum. Ça se soigne bien, un cancer du sein: j’ai beaucoup entendu cette petite phrase de la bouche de proches qui se voulaient bienveillants et réconfortants. Mais quand on est en plein traitement, avec tous les effets secondaires, je vous assure que ce n’est pas si simple! D’autant que moi, j’étais en train de gravir 2 montagnes à la fois: le cancer et la maternité. J’avais à peine choisi le berceau de mon bébé que j’allais peut-être devoir choisir mon cercueil…
Ma première chimio a eu lieu fin janvier. Tout allait tellement vite que ma grossesse est un peu passée au second plan. Je le constatais autour de moi: mes proches ne me demandaient plus des nouvelles du bébé, mais de ma tumeur. C’était injuste pour Léna-Rose: cette petite fille n’avait rien demandé. C’était aussi injuste pour moi: on me volait la fin de ma grossesse. Très vite, j’ai donc essayé de reprendre ma routine: me masser le ventre avec de l’huile, parler à ma fille, lui faire écouter de la musique… Bref, partager de petits moments de bonheur sans penser à la maladie”.
Des séquelles psychologiques?
“Je me suis évidemment posé la question de l’impact de tout cela sur mon bébé. Depuis le début de la grossesse, je m’étais interdit la moindre goutte d’alcool, le moindre médicament… Et voilà que je me retrouvais sous chimio! Les médecins m’ont expliqué que le traitement ne présentait aucun risque pour ma fille, qu’elle était protégée par la barrière placentaire. Les échographies montraient en effet qu’elle allait bien. Physiquement, d’accord. Mais qu’en était-il de son bien-être? On dit aux femmes enceintes que leur bébé ressent toutes leurs émotions. Léna-Rose a ressenti le choc à l’annonce du diagnostic, puis la colère, la tristesse, l’angoisse… Ne risquait-elle pas d’en conserver des séquelles psychologiques?
Les médecins n’avaient pas de réponse à cette question. Ils ne se la posaient même pas. Ils étaient focalisés sur le traitement du cancer. Mais moi, j’avais besoin de réponses. Besoin de me rassurer. Alors, je suis allée sur le Web. Je suis tombée sur une émission où une dame témoignait d’une histoire semblable à la mienne. Elle était optimiste, lumineuse… Mais quand j’ai cliqué sur les commentaires, j’ai eu un choc. Elle était décédée depuis! C’est ce qui m’attendait…”.
Une aventure en binôme
“Heureusement, j’ai fait la connaissance de Justine. Cette jeune maman avait subi 8 chimios durant sa grossesse. C’était 3 ans auparavant. Et sa petite fille était en pleine santé. Ça m’a rassurée pour ma Léna-Rose. Parce que c’était quand même une sacrée épreuve pour elle! Impossible de lui cacher quoi que ce soit, elle vivait tout avec moi. Je lui ai donc expliqué les choses au fur et à mesure. Et je crois qu’elle a parfaitement compris. Elle s’est faite très discrète pendant la fin de ma grossesse. Comme si elle savait que sa maman était malade et qu’il ne fallait pas lui rajouter de tracas. Lors de la chimio ou des examens, je sentais cependant qu’elle me donnait quelques petits coups dans le ventre, comme pour me rappeler que je n’étais pas seule, qu’elle était avec moi. On a vraiment vécu l’aventure en binôme.
L’accouchement ne serait qu’un rendez-vous médical parmi d’autres. C’était affreux…
Et c’est elle qui a décidé de sa naissance… Les médecins avaient prévu de déclencher l’accouchement entre la deuxième et la troisième chimio, à un moment où j’aurais assez de défenses immunitaires pour le supporter. J’ai reçu un mail laconique indiquant la date à laquelle je deviendrais maman. L’accouchement ne serait qu’un rendez-vous médical parmi d’autres. C’était affreux. Une fois encore, le cancer me volait ma grossesse! Mais rien ne s’est passé comme prévu…”.
Le sourire de la vie
“Léna-Rose a décidé de pointer son nez quelques jours avant la date fixée. C’était merveilleux. Malheureusement, je n’ai pas pu m’occuper d’elle comme je l’aurais voulu. J’étais malade, exténuée. Et interdiction de l’allaiter! J’ai ressenti cela comme un terrible échec. Une trahison. Ma fille avait été là pour moi durant tous ces mois, et moi je n’étais pas là pour elle… Et 2 semaines à peine après l’accouchement, j’étais de retour en chimio, puis il y eut l’opération. Durant tout ce temps, mon conjoint a pris le relais. Ainsi que les grands-parents, les copines, puis la nounou. Ma fille était entre de bonnes mains, mais je craignais qu’elle m’oublie. Qu’elle ne sache pas qui est sa maman. Parfois je portais un foulard, parfois une perruque… Me reconnaissait-elle?
Aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte que mes peurs étaient irrationnelles. Ma fille a 2 ans et elle se porte à merveille. Moi? Je suis toujours sous traitement. Mais quand je vois le sourire de Léna-Rose, je ne peux que croire en la vie”.
À lire
Ma grossesse m’a sauvé la vie, Virgilia Hess, éd. Leduc
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